lundi 21 septembre 2009

Entre vigilance et transmission, raison d’être et raison d’agir du CVUH





Rendez-vous à Blois
le dimanche 11 octobre








ENTRE VIGILANCE ET TRANSMISSION, RAISON D’ÊTRE ET RAISON D’AGIR DU CVUH
Carte blanche au Comité de Vigilance face aux Usages publics de l’Histoire.

De 16h30 à 18h - Maison de la Magie 




INTERVENANTS :


SYLVIE APRILE, professeure à l’Université de Lille III, LAURENCE DE COCK, professeure au lycée Joliot Curie de Nanterre, enseignante associée à l’INRP, CHARLES HEIMBERG, formateur à l’IFMES de Genève, ANNE JOLLET, maître de conférences à l’Université de Poitiers, GERARD NOIRIEL, directeur d’étude à l’EHESS, PHILIPPE OLIVERA, professeur au lycée Diderot de Marseille, MICHÈLE RIOT-SARCEY, professeure à l’Université de Paris VIII.



Depuis plusieurs mois, la plupart d’entre nous étaient engagés, aux côtés de lycéens, puis d’étudiants, dans la série de conflits relatifs à la réforme des lycées, à la « libéralisation » des universités et à la formation des maîtres. S’il est difficile de concilier l’activité de penser à distance l’objet avec les nécessités de réagir au jour le jour (1), nos réflexions ont pourtant mûri pendant ce temps. La table ronde sera l’occasion d’en exposer publiquement les principales lignes de force.
Elle se propose de réfléchir sur les multiples lieux d’usages publics de l’histoire et de débattre des secousses que ces usages peuvent imposer à la discipline historique lorsqu’elle quitte la sphère du savoir savant et entend s’adresser à tous.
Considérant que tout usage public de l’histoire soulève des enjeux politiques, le CVUH intervient depuis 4 ans déjà et travaille à diffuser des outils d’analyse susceptibles de nourrir les débats citoyens. Outre les nombreux textes d’intervention publiés sur le site, nous avons organisé conférences, tables rondes, et nous sommes associés à de nombreux projets associatifs. La collection Passé/Présent (publiée aux éditions Agone) sort ce mois-ci son 4ème titre (2) ; elle inscrit nos prises de position et nos actions dans le temps long. Ces prises de paroles publiques des historiens interrogent la discipline elle-même, son utilité et ses modalités de transmission.
Or les lignes de front n’en ont pas fini de se multiplier, et le CVUH est né de la conviction que les historiens et enseignants avaient un rôle spécifique à jouer dans le débat et l’action politiques. Refusant de s’abriter derrière une conception trop commode et restrictive de la politique, il s’en réclame au contraire comme du nom qui désigne le souci du « public ». À titre d’exemple, la destruction du service public et ses effets catastrophiques immédiats, honteusement qualifiés d’« événements » par le directeur général de France Télecom. Décidément l’histoire bégaie semble-t-il… Dans les années 1830, on le sait, « le suicide était, hélas, déjà à la mode », selon les journaux du temps. Non chez les seuls romantiques mais dans les classes ouvrières, tout particulièrement. Faudrait-il réveiller la mémoire de Baudelaire : « Le suicide pouvait très bien apparaître à un homme tel que Baudelaire comme la seule action héroïque qui fût encore possible aux « multiples maladives » des villes, en ces temps de réaction » (3) ?
De même, les réformes en cours sur la formation des maîtres doivent faire l’objet d’une concertation entre les enseignants du secondaire, les étudiants et les enseignants du supérieur. Cette année sera décisive, en effet, quant au devenir des enseignants. La pénétration du vocabulaire économique et technique dans les universités et les écoles témoigne de la « philosophie » des réformes en cours : « masterisation », obtention de « crédits »… à se demander quel « retour sur investissement » on attend des recherches ou études en Sciences humaines et sociales. Le silence et l’adhésion béate à l’ordre dominant sans doute. Par ce système adepte des chiffres dont la signification échappe à l’opinion (bac+5) mais que la rondeur du nombre impressionne, l’Université aura pour tâche désormais de "fabriquer" à la chaîne des diplômés de masters enseignement, afin de permettre aux autorités de tutelle (rectorats, chefs d’établissement) de recruter, sur contrats précaires, un certain nombre d’enseignants du primaire et du secondaire. À terme, c’est le lien encore entretenu en France entre la formation à la recherche et à l’enseignement, ainsi que la pérennité des concours d’enseignement qui sont en jeu. Or ces concours de recrutement, même s’ils sont perfectibles, restent malgré tout des garants d’une éducation dite « nationale » et non encore soumise au jeu concurrentiel des universités.
Cette précarisation de la profession désormais officiellement en marche appelle, de la part de tous, une très grande vigilance. Elle interroge le sens même de la discipline historique. L’histoire doit demeurer une spécialité qui contribue à donner aux futurs adultes les capacités de se situer dans le présent, munis d’outils de réflexions critiques permettant de contourner les pièges des discours politiques lénifiants. Si l’histoire se mure dans la tour d’ivoire des chercheurs et ne nourrit que des débats entre pairs et experts, si sa dimension publique se réduit à alimenter les commémorations sur mesure ou les besoins des candidats selon leurs stratégies électorales, alors ses finalités critiques et civiques seront dénaturées. Or, plus que jamais l’instrumentalisation de l’histoire est à l’ordre du jour, comme en témoignent le projet de musée d’histoire nationale, le nouveau calendrier de commémorations que prépare le gouvernement, ou encore l’insistance sur les récits historiques, linéaires, sans aspérité qui écrivent une nouvelle légende nationale. Le danger est d’autant plus grand que nombre d’historiens, refusent de voir ces différentes opérations dont l’histoire est l’objet ou n’estiment pas de leur responsabilité de chercheurs de prendre publiquement position. Certes, ce ne sont pas les historiens qui sont directement menacés d’encadrement liberticide – encore que le système d’évaluation des chercheurs et le classement des revues engendrent un bel exemple de possible mise au pas. Mais il est de notre responsabilité à tous d’affirmer la complexité du réel historique contre une version héroïsante et lisse mise au service de la cause nationale voire nationaliste.

On le voit, les lieux et modalités d’interventions publiques des historiens – enseignants-chercheurs et enseignants du secondaire – sont pluriels (édition, école, université, medias, spectacle vivant). La question de la transmission des savoirs historiques et de leurs finalités est donc au cœur des enjeux d’une discipline aujourd’hui menacée. Cette table ronde sera l’occasion d’un rappel des fondements qui sont les nôtres : nos « raisons d’être et d’agir » (4) , d’un bilan d’étape et d’un point sur les multiples défis qui nous attendent.






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Notes :


(1) Ce qui explique le ralentissement de l’activité éditoriale du site du CVUH depuis le début du mouvement social.
(2) Gérard Noiriel, A quoi sert l’identité nationale, 2007 ; Laurence De Cock, Fanny Madeline, Nicolas Offenstadt, Sophie Wahnich (dir.), Comment Nicolas Sarkozy écrit l’histoire de France, 2008 ; Catherine Coquery-Vidrovitch, Les enjeux politiques de l’histoire coloniale, 2009 ; Laurence De Cock, Emmanuelle Picard (dir.), La fabrique scolaire de l’histoire, 2009.
(3) Walter Benjamin, Charles Baudelaire, un poète lyrique de l’apogée du capitalisme, Payot, Paris, 1982, p. 111.
(4) Qui sont encore trop souvent caricaturées comme en témoigne l’article d’Alain Corbin dans leMonde des livres du 11 septembre 2009.

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